Contre l’inquiétant «ni-ni» de Nicolas Sarkozy, par Sylvie Goulard

En refusant de choisir, le Président de l’UMP légitime une formation politique, le FN, qui a un projet contraire à l’intérêt national

Faut-il faire une différence entre le Parti socialiste et le Front national ? Dans la plupart des pays d’Europe où les partis modérés gouvernent en coalition, dans l’intérêt national, la réponse irait de soi. Mais puisque Nicolas Sarkozy renvoie dos à dos PS et FN, il est important d’y répondre concrètement, projet du FN en mains, sans incantation républicaine.

Sur trois sujets essentiels – la défense, l’Europe, l’économie – le FN remet en cause le cadre de la sécurité et de la prospérité de la France.

Ce parti propose « une sortie du commandement intégré de l’OTAN ». Il veut « s’associer [à l’Allemagne et à la Russie] pour former une alliance trilatérale Paris-Berlin-Moscou ». Ainsi il propose à la France de renier sa parole vis-à-vis de ses alliés occidentaux, la laissant sans moyens de défense suffisants. Il ment sur la disponibilité de l’Allemagne de participer à cette aventure. La Chancelière est trop avisée et trop engagée contre les exactions de Vladimir Poutine pour se jeter au cou de celui-ci.

Sur l’Europe, le FN envisage « l’abandon de la politique agricole commune » ou encore le « rétablissement de la primauté du droit national sur le droit européen ». Il veut détruire l’Union européenne. Ces bouleversements dont les modalités et les coûts ne sont pas précisés créeraient une incertitude très préjudiciable. A terme, notre pays serait isolé, dépourvu de moyens d’influence sur ses voisins.

En matière économique enfin, le FN a un projet dirigiste et protectionniste comportant par exemple « le retour aux monnaies nationales », des « mesures de contrôle des mouvements de spéculation des capitaux » et la « nationalisation partielle des banques ». En qualifiant la sortie de l’euro de « défi technique » qui pourrait être relevé avec l’appui allemand, le FN prend ses désirs pour des réalités.

A quoi joue donc l’ancien Président de la République qui a eu le courage de ramener la France dans le commandement intégré de l’OTAN et a activement lutté contre la dislocation de la zone euro ? A-t-il oublié qu’il a lui-même créé la commission Attali destinée à « libérer la croissance » dont Emmanuel Macron était le rapporteur ?

Le reproche de « collusion UMPS » ressassé par Mme Le Pen est fallacieux. Il est parfaitement normal que les partis de gouvernement s’accordent sur le cadre de l’action politique et combattent ensemble ceux qui veulent le détruire. Cela ne signifie pas qu’ils aient une identité de vues sur les politiques à mener à l’intérieur de ce cadre. Si un parti fait une synthèse hardie entre extrême droite et extrême gauche, c’est bien le FN avec son programme économique étatiste.

L’enjeu dépasse les élections départementales. Un bon score du FN conforterait ce parti pour les scrutins nationaux. En refusant de choisir, le Président de l’UMP légitime une formation politique qui a un projet contraire à l’intérêt national. Il prend le risque de se décrédibiliser aux yeux des partenaires européens, à commencer par la Chancelière allemande qui a combattu sans hésitation le mouvement xénophobe et anti-européen Pegida.

Ce faisant, soit Nicolas Sarkozy se renie sur des sujets essentiels, soit il n’ose pas prendre position, par démagogie électoraliste. Dans les deux cas, c’est inquiétant de la part d’un ancien Président de la République.

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