François BAYROU : « Il est normal et légitime que l’heure supplémentaire rapporte au travailleur et au foyer »

François Bayrou, président du MoDem, a jugé ce matin au micro de LCI « inacceptable » la baisse du revenu des heures supplémentaires dans le texte de la loi Travail.

Les policiers manifestent aujourd’hui, ils sont notamment place de la République à Paris. Comprenez-vous pourquoi le gouvernement n’arrive pas à maitriser les casseurs ?

Les forces de l’ordre en général ont le sentiment d’être exposées en première ligne, d’être toujours mises en avant, d’avoir sur les épaules d’incroyables charges de travail… Tout ce que nous voyons – attentats, menaces et manifestations – cela se traduit aussi pour eux par le fait qu’ils n’ont plus de journées de repos et que l’épreuve ressentie est de plus en plus lourde. Pourquoi y a-t-il en France ce sentiment de désarroi, des casseurs qui partent dans tous les sens et une grande inquiétude chez les citoyens ? Simplement parce que ça va mal ! Le gouvernement dit que ça va mieux mais ce n’est pas ce que les gens ressentent. Et cette fracture – qui est de plus en plus accentuée entre un discours presque euphorique et puis la réalité que tous ceux qui nous écoutent vivent – est presque une provocation pour beaucoup de gens. Ils ont le sentiment que vraiment on se fiche d’eux.

Le Président dit aussi qu’il ne cédera pas à la rue, que la loi Travail passera. Il ne reculera pas. Dites-vous qu’il est ferme ?

Sur quoi est-il ferme ? Qu’y a-t-il dans cette loi ? Même si je vous interrogeais Arlette Chabot, nous verrions que ce n’est pas si simple car ce qu’il y avait dans la loi comme orientation nouvelle a pour ainsi dire été abandonné. Il reste une chose qui est positive c’est que l’on pourra négocier au niveau de l’entreprise les conditions et l’organisation du travail et cela est bien. Mais il y a des choses dans la loi qui sont inacceptables ! Est inacceptable pour moi en tout cas le fait que le revenu des heures supplémentaires va baisser ! Je soutiens tous ceux qui disent « il faut que le travail sous forme d’heures supplémentaires rapporte ». Une fois que l’on a acquitté avec les 35 heures les cotisations sociales que l’on doit pour la solidarité, il est normal et légitime que l’heure supplémentaire rapporte au travailleur et au foyer ! On a tellement de mal aujourd’hui à boucler les fins de mois, on a tellement de mal à vivre par son travail… Ceux qui en ont, s’ils peuvent travailler plus, il est légitime qu’ils reçoivent le juste revenu de leur travail ! Et je trouve que parmi les choses les plus choquantes dans cette loi, il y a le fait que le gouvernement porte atteinte aux heures supplémentaires. Or, je trouve que les heures supplémentaires sont un « plus » pour les salariés.

François Hollande nous fait-il du Gerhard Schröder ? Est-il courageux ?

Être courageux est une posture ! La question n’est pas une posture, la question est ce que l’on apporte au pays. Et ce que l’on apporte au pays par cette loi est soit insuffisant soit mal orienté.

On a bien compris : François Hollande est candidat à l’élection présidentielle. A-t-il raison de partir maintenant et de faire son bilan à un an de l’échéance ?

Il part dans cette campagne parce que sa situation électorale est très dégradée. Donc il essaie de marquer des points. Tout cela ne trompe personne ! Je vais prendre un seul exemple. François Hollande dit que ça va mieux pour le chômage et on se dit « mais dans quel monde vit-il ? ». Il dit aussi que ça va mieux pour les déficits. Je veux simplement rappeler ceci : les promesses solennelles de François Hollande – les plus réitérées, répétées, assénées – c’était qu’en cinq ans on allait passer du déficit qui était au-dessus de 4 % de la production nationale du pays à 0 % et que l’on serait à l’équilibre en 2017. Et bien en réalité, en 2017, on sera exactement comme aujourd’hui, c’est-à-dire que l’on est à 3,6% et que la situation des finances publiques du pays est toujours aussi dégradée. Et étant toujours aussi dégradée, ce sont les plus jeunes qui vont payer une charge d’autant plus lourde que l’on n’aura pas réussi à rétablir les comptes. Rétablir les comptes, ce n’est pas seulement couper dans les dépenses, c’est aussi conduire un pays à produire plus ! Il y a deux manières de rétablir les comptes : il y a la méthode simplement au scalpel – chirurgicale – mais il y a aussi l’autre manière qui est d’améliorer la production du pays. Ce dernier doit reconquérir des parts de marché. Or, on ne conquiert pas de parts de marché sauf dans des domaines extrêmement limités. La situation du commerce extérieur se dégrade. Il y a cette incroyable attitude qui consiste à essayer d’expliquer aux gens que le monde qu’ils ont sous les yeux n’est pas vrai et que dans le monde dépeint par le pouvoir les choses s’améliorent !

Le quinquennat de François Hollande est-il déjà fini ?

Je pense qu’il est déjà fini depuis longtemps, parce qu’il n’a pas assumé les changements d’orientation qu’il était de son devoir d’assumer. Il est responsable de la difficulté dans laquelle il se trouve. La rupture de la gauche est consommée avec deux camps durement dressés les uns contre les autres. Mais le pire c’est que la situation psychologique et morale du pays ne s’est pas améliorée. C’est probablement le plus dur dans la situation que nous vivons.

Les programmes des candidats à la primaire seront-ils socialement acceptables selon vous ?

Vous savez quel est mon sentiment par rapport au mécanisme de la primaire…

Ce n’est pas trop votre truc la primaire. Est-ce de la surenchère ?

Il suffit d’ouvrir les yeux et de regarder vos écrans pour savoir ce qui se passe aux États-Unis. Aux États-Unis, le noyau dur de la droite a choisi D. Trump et le noyau dur de la gauche continue à maintenir B. Sanders. Ces deux noyaux durs traduisent le caractère inquiétant du mécanisme de la primaire. La primaire risque d’être une guerre de postures et de surenchères. Il y a une chose qui est très importante pour moi, c’est que les programmes n’oublient pas quelque chose qui est vital : offrir au pays un horizon, y compris un horizon social. Je retiens deux horizons nécessaires : comment va-t-on rétablir les comptes mais aussi rétablir la vitalité du pays, sa créativité ? Comment va-t-on faire pour passer à un pays qui de nouveau se met à croire et à créer ? Que va-t-on offrir à ceux qui ne sont pas du bon côté de la barrière ? Il faut leur offrir de l’emploi et les programmes qui veulent mettre la priorité sur l’emploi sont justes. Mais il faut à mon sens offrir un autre horizon, notamment en termes d’égalité des chances. Où va-t-on pour ceux qui sont le plus en difficulté ?

Donc finalement, la gauche a raison de dire « au secours la droite revient ».

Sûrement pas ! La gauche est responsable d’une situation extrêmement dégradée du pays, mais vous sentez bien que l’on a besoin d’une autre ère, d’une autre manière de présenter les choses. De ce point de vue, le débat qui va se dérouler dans les mois qui viennent va devoir se préoccuper de cette question. En tout cas, je ferai ce que je peux pour aider à cela.

Pour l’instant, vous continuez à soutenir Alain Juppé parce qu’il y a un volet social dans son programme par exemple.

Je ne change pas de ligne.

Vous ne changez pas de ligne. Alors, il y a des candidats partout à gauche, à droite, on ne peut pas dire qu’on en manque. Seul le centre n’aura pas de candidat à l’élection présidentielle cette fois…

Écoutez, le centre dit une chose : on peut se rassembler autour de projets fédérateurs quand ça va mal pour sortir le pays de la difficulté. Moi je trouve que c’est un signal qui est important et fort, qui consiste à dire « ça va assez mal, on ne va pas multiplier les candidatures, sauf si notre vision n’est prise en compte par personne ». Le fait que je dise « moi, je suis prêt à aider » est un plus, à la condition évidemment que le débat prenne ce tour positif que les Français sont en droit d’attendre.

Cela veut dire que vous travaillez sur un projet au cas où le candidat à la primaire de la droite ne vous conviendrait pas. 

Je n’ai jamais cessé de travailler à ce que pourrait être l’avenir du pays. C’est pour moi une préoccupation de chaque instant. Je ne sais pas si vous ressentez le poids de ce climat dans lequel on a l’impression que tout le monde a baissé les bras, que l’on n’a plus rien à espérer qui soit de l’ordre d’un redressement ou d’une vitalité nouvelle, qu’au fond on subit une situation… Moi, ma nature n’est pas de subir. Je crois que c’est ce nouvel horizon dont on a besoin.

Ne pas subir, merci François Bayrou. 

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